Régler la VNI

Reconnaître l'asynchronie · régler selon le patient.
⚕️ Aide à la décision — ne remplace pas le jugement clinique, la réévaluation au lit du patient, ni les protocoles du service.
Le temps zéro. Ce patient relève-t-il de la VNI, de la CPAP, ou de l'intubation ? Choisir le tableau clinique — les critères, la conduite et les réglages de départ suivent.
Score HACOR · à 1 heure de VNI La VNI est-elle en train d'échouer ? Cinq mesures au lit du malade. Rien n'est enregistré ni transmis.
L'interface — quel masque
Masque oronasal (facial) en première intention. Le masque nasal n'a pas sa place en aigu : il fuit par la bouche dans les premières heures.

Escarres du visage : 5 à 20 % des VNI. Sangles justes — serrées à la limite des fuites, pas au-delà — et protection de l'arête du nez.

Le masque total est une deuxième chance, pas un dernier recours. Après échec d'un masque oronasal, deux tiers des patients passés au masque total ont survécu à l'hospitalisation ; un changement précoce, dans les 12 h, fait moins d'escarres.
Contre-indications — avant de poser le masque
Hémodynamique — arrêt cardiorespiratoire ou retour de circulation spontanée immédiat · état de choc · tamponnade · arythmie ventriculaire · pneumothorax non drainé, plaie thoracique soufflante · hémorragie digestive haute.

Voies aériennes non protégeables — trouble de conscience, sauf s'il est d'origine hypercapnique · vomissements itératifs, trouble de la déglutition, risque élevé d'inhalation · sécrétions abondantes · patient non coopérant, agité, opposant à la technique.

Mécanique — chirurgie faciale ou gastro-œsophagienne récente · traumatisme ou brûlure cranio-faciale · obstruction des voies aériennes supérieures à haut risque d'occlusion.

Contexte — intubation imminente, sauf en préoxygénation · environnement inadapté, équipe insuffisamment entraînée.

Le coma hypercapnique n'est pas une contre-indication absolue : une large série ne retrouve pas de différence de pronostic entre les patients comateux par hypercapnie et les autres. L'essai se conduit sous surveillance médicale continue.
La surveillance — un rythme, pas un rendez-vous
À la pose
Tout : ressenti, fréquences, tension, conscience, muscles accessoires, respiration abdominale paradoxale, peau — et côté machine, volume courant, fuites, synchronisation.
Toutes les 15–30 min
pendant 2 h
Les mêmes. C'est la période où tout se joue.
Puis, si stable
Clinique horaire · paramètres du ventilateur toutes les 4 à 6 h.
Gaz du sang
À la pose, puis 30 à 60 minutes après.
SpO₂
En continu, au moins les 24 premières heures.
Avant d'appeler l'échec, il reste une carte : changer d'interface — voir plus haut.
Après l'extubation — le piège
Patient à risque d'échec (BPCO, obésité, chirurgie thoraco-abdominale) → VNI préventive, suggérée.
Patient non à risque → VNI préventive, suggérée contre.
Sevrage du ventilateur chez le BPCO hypercapnique → VNI, suggérée.

Insuffisance respiratoire post-extubation déjà installée → non. La VNI n'évite pas la réintubation et augmente la mortalité : elle la retarde. Dans l'essai d'Esteban, réintubation à 11 h sous VNI contre 2 h sans.
Tracés décalqués de Gonzalez-Bermejo et al. (SomnoNIV, 2019). Avant tout : corriger les fuites non intentionnelles et l'obstruction des voies aériennes — 1re source d'asynchronies.
Choisir l'allure qui ressemble à ce qui apparaît à l'écran :
PressionDébit
Mode ST (barométrique, semi-contrôlé). Réglages de départ à titrer selon la tolérance et les gaz du sang. Choisir le profil.
Et si je suis en mode à pression automatique ?
Les chiffres du tableau sont des réglages de départ en mode ST — barométrique, semi-contrôlé : c'est le mode conseillé en VNI au long cours (GAVO2, conseil n°2).

Les modes à adaptation automatique des pressions (iVAPS chez ResMed, AVAPS chez Philips) relèvent d'une seconde intention, « sous couvert d'une surveillance étroite » (GAVO2, conseil n°6).

→ Dans ces modes, l'aide n'est pas un nombre qu'on pose mais une plage que la machine parcourt pour tenir sa cible : les valeurs d'aide ci-dessus ne s'y transposent pas telles quelles.
Vocabulaire — IPAP, aide, EPAP, Vt
IPAP — pression inspiratoire : le sommet de l'insufflation.
EPAP — pression expiratoire : c'est la PEP.
Aide = IPAP − EPAP. Aussi appelée aide inspiratoire, AI, ou pressure support (PS).
Vt — volume courant.
auto-PEP — la pression restée piégée dans les poumons du patient : ce n'est pas un réglage.
→ Les chiffres du tableau sont des aides, pas des IPAP : IPAP = EPAP + aide.
Les 3 questions d'adaptation (à poser au patient)
« Trop d'air ou pas assez ? » → règle l'aide inspiratoire.
« Le ventilateur vous suit ? » → règle les triggers / le cyclage.
« L'air arrive assez vite ? » → règle la pente.
Objectifs — un patient « bien ventilé »
Observance > 5 h/nuit · amélioration des symptômes · PaCO₂ < 45 mmHg (BPCO < 48 ou −20 %) · IAH résiduel < 10/h · Vt cible > 8 mL/kg (poids théorique).
Aux urgences — indications : ERS/ATS 2017 (Rochwerg, Eur Respir J 2017;50:1602426) · SRLF-SFMU 2024 (Ann Fr Med Urgence 2025) · RFE Dyspnée aiguë SFMU-SRLF 2025. Réglages, interfaces et surveillance : Critical Care 2025 (Rezoagli) et supplément technique de l'ERS/ATS 2017. Score HACOR : Duan, Intensive Care Med 2017;43:192-199. Contre-indications : Wilhelm, Rev Med Suisse 2015 — aucune recommandation récente n'en publie de liste formelle.
Courbes : Gonzalez-Bermejo J. et al., Thorax 2019. Réglages au long cours : SPLF – GAVO2 2024-2025 (Tableau 1). Vrais tracés : rapports de ventilateurs de domicile (données dé-identifiées). Aide à la décision, ne remplace pas le jugement clinique.

Le prochain patient mal ventilé sera peut-être dans un autre service

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